ALI vs ROCKY



"If you beat me in your dreams,
you better wake up to apologize."

("Si tu me bats dans tes rêves,
t'as intérêt à te réveiller pour t'excuser.")


Cette phrase que MUHAMMAD ALI a souvent répété, tous ont cru qu'il en était l'auteur. Elle est devenue si célèbre que dans "RESERVOIR DOGS" Tarantino l'offre à MISTER WHITE (Harvey Keitel)  pour fermer la gueule de MISTER YELLOW (Michael Madsen). L'expérience qui mouche l'ardeur de la jeunesse. Tarantino connaît bien ses classiques car en effet, l'auteur de cette phrase est JOE LOUIS (> voir ALI BONUS #2). Lors d'une émission de TV, un soir, c'est comme ça que JOE LOUIS a rabattu le caquet en direct du jeune et ambitieux CASSIUS CLAY.
Il ne l'a jamais oublié. Il s'en est même servi - "Apprends de ta douleur, sinon elle n'aura servi à rien."ou bien sa fameuse phrase qu'il aimait tant dire aux plus  jeunes : " finalement tu n'es pas aussi idiot que tu en as l'air ! "
JOE LOUIS avait beaucoup combattu, presque un match par mois à la bonne époque, "A BUM A MONTH TOUR" (Un tocard par mois, la tournée). ALI s'en est aussi inspiré, il a combattu tous les champions de son époque et les a tous battu. Entre ces grands matchs, il est monté quelques fois sur le ring face des boxeurs sortis de l'anonymat le temps d'un combat... pour l'hygiène, quoi. Pour s'entraîner avec des sacs sur pattes qui rendent les coups.

CHUCK WEPNER était l'un de ceux-là. Un cogneur à la mâchoire solide. À la surprise de tous, il a tenu les 15 rounds face à ALI. Le mettant en danger même une fois ou deux. CHUCK WEPNER est devenu un temps (pendant la promotion du combat), un héros. Le rempart de l'Amérique blanche qui veut avoir un champion d'origine un peu plus british ou irlandaise ou Italienne... et même polonaise, s'il le faut.
 


Un jeune italo-américain ambitieux a vu le match, embrassé toute la puissante  symbolique de la rencontre et écrit un scénario avec. Vous en avez peut-être entendu parler... son titre : "ROCKY" (1976).

EN 1975, à l'époque, STALLONE fait déjà un peu l'acteur, on l'a vu brutalisé WOODY ALEN dans le métro dans "BANANAS" et il profite de sa présence dans le milieu pour faire lire son script à des producteurs et des scénaristes pros. WILLIAM GOLDMAN (BUTCH CASSIDY & THE SUNDANDE KID), une pointure, tombe amoureux de l'histoire et aide STALLONE à le vendre. Mais SYLVESTER veut aussi jouer ROCKY. La tête dure étant sa marque de fabrique, il fonce, refuse des ponts d'or- John Travolta a failli incarner ROCKY. Et ça marche... Des années plus tard, WILLIAM GOLDMAN dira que "Si à l'époque, j'avais vu quel était l'HUBRIS de SLY, j'aurai épargné ça au cinéma. Mais son script était tout simplement excellent."

L'histoire de ROCKY est simple mais pour que vous compreniez bien de quoi il s'agit, je vais remplacer le nom du personnage interprété par CARL WEATHERS - APOLLO CREDD par MUHAMMAD ALI. Allons-y.


"MUHAMMAD ALI" est un champion du monde des poids lourds aimé et invaincu. Il ne reste plus personne à combattre alors il décide de donner sa chance à un boxeur inconnu. Nous suivons les bouleversements romantiques et l'entraînement de ROCKY. 
 

On le voit, aux mépris des plus élémentaires mesures d'hygiène alimentaire, tabasser des morceaux de viande, puisqu'il travaille aux abattoirs de Philadelphie (comme Joe Frazier). Monter en musique, 4 à 4 les marches devant la mairie de PHILLY. Il est au top. 


Le soir du match, OH... SURPRISE, comme son nom l'indique, ROCKY à la tête dure. Il résiste, il résiste, il se défend le bougre. "ALI" est sur le point de perdre mais on ne reste pas invaincu pour des prunes. Dernier ROUND, "ALI" est épuisé et ROCKY est debout. DING. "ALI" gagne aux points, mais c'est aussi une victoire pour ROCKY qui hurle ADRIENNNNNNNNNNNNNNEUH à sa femme. Il a réussi à prouver sa valeur à tous en tenant face au meilleur.


Gros succès de 1976, Le film au budget de 960 000$ en rapporte 117 millions rien qu'aux USA. Les oscars offrent une statuette dorée à STALLONE, elle lui sera remise par... le vrai MUHMMAD ALI, cette fois. Pour rire, ALI , qui a bien compris le sous texte du film, propose un petit match à ROCKY, devant tout Hollywood hilare.




Hollywood a fini de se goinfrer de la carcasse chaude de ROCKY et STALLONE va lui préparer son prochain festin, au titre tout empreint de finesse : ROCKY II.

Cette fois-ci STALLONE décide d'y aller à fond. En 1979, ALI, le vrai n'est plus le légendaire  boxeur imbattable, et SYLVESTER va tuer le père.


Dans ROCKY II, "ALI/CREED" va perdre à la dernière seconde (un vieux cliché hollywoodien) car ROCKY va se lever au dernier ROUND, une seconde avant lui.

ADRIENNNNNNNNNNNNE j'ai gagné !

Le titre tant convoité est de retour "in WHITE AMERICA". L'honneur est sauf. Le fantasme collectif d'une partie de la nation peut commencer. 

STALLONE va jouer la carte "ALI" à fond. Le nouveau champion ROCKY BALBOA est un "ALI" GENTIL et surtout BLANC... mais dans ROCKY III - EYE OF THE TIGER -, le méchant CLUBBER LANG (MISTER T) est une sorte de "ALI" méchant dans le corps de GEORGE FOREMAN.


PIF, PAF, POUM, ROCKY perd son titre. et "ALI/CREED" va venir pour l'entraîner à boxer comme un NOIR. DANSER / SAUTER / COURIR et s'habiller flashy aussi.


ROCKY devenu un boxeur BLACK - qui a enfin un jeu de jambes(grande spécialité de MUHAMMAD ALI)- va battre CLUBBER LANG en fatiguant son adversaire... (yep comme ALI au ZAÏRE, quoi).

Lors de la dernière séquence du film devenu culte "ALI/CREED va vouloir régler son ardoise avec ROCKY, histoire de savoir qui est vraiment le champion puisque cela s'est fait à une seconde.

Je suis né dans les '70s et toute ma vie, les champions de boxe poids lourds étaient afro-américains. SUGAR RAY LEONARD, MARVIN EAGLER, MIKE TYSON, EVANDER HOLYFIELD. Mais je ne m'étais pas rendu compte avant le match de MIKE TYSON contre  un rouquin dont j'ai oublié le nom. Pendant la PROMOTION du COMBAT, c'était un cogneur, le héros de WHITE AMERICA qui va ramener le titre à la maison, ça vous rappelle quelque chose... moi aussi. J'ai attendu jusqu'à 2 heures du mat  pour voir MIKE TYSON le pulvériser en quelques dizaines de secondes.

Et une fois de plus WHITE AMERICA a dû soigner son petit coeur, du fait que plus aucun champion du monde des poids lourds ne sera plus jamais un "WASP" (non, les RUSSES ou les UKRAINIEN de 2m  ne compte pas)...


STALLONE a voulu finir la guerre froide ( en la gagnant bien sûr...) dans le très en couleurs (bleu - blanc - rouge... mais pas les nôtres) ROCKY IV.
Dans un effort psychanalytique surhumain, SLY/ROCKY va tuer le père "ALI/CREED" qui va succomber, pour de bon cette fois,sous les coups du méchant russe de 2m : IVAN DRAGO.

Ha... subtilité quand tu nous tiens, ROCKY ira gagner son combat en URRS devant un GORBATCHEV qui l'applaudira puis l'écoutera faire un speech interminable sur le fait que " La guerre, c'est mal, on est tous des frères, oui même les sales communistes sous stéroïdes qui tuent ton ami."


La page du vrai "ALI" est définitivement tournée dans les années '80s, une décennie où il eut peu d'influence. Après ça STALLONE n'aura plus rien à dire sur ROCKY qui vaille la peine.






MUHAMMAD ALI -trailer MAKIN'OF- part 2





Quand j'ai terminé les 2 GIF, j'ai vu que ça pouvait fonctionner. Je les ai envoyé pour montrer précisément ce que je voulais, autant au niveau de l'ambiance que du cadrage que du timing. Les éditeurs ont suggéré qu'on voit ALI plutôt dans le trailer, du coup j'ai coupé les 3 premiers plans.





Puisqu'il fallait que 'ALI soit présent plus tôt dans le trailer,
j'ai fait ce plan où l'on descend sur toute sa longueur jusqu'au logo.

Sur la droite, vous avez un plan vertical qui n'a pas pu être intégré, faute de place (et de temps...), c'est une réinterprétation de la fameuse photo où ALI qui hurle à LISTON de se lever lors de leur match retour. L'image est légèrement recadrée, vous verrez pourquoi dans le livre ^^.

Maintenant je vais vous montrer le ROUGH CUT des scènes coupées.

Dans le dernier plan, vous pouvez voir BILLIE HOLLIDAY chanter "STRANGE FRUIT"...
il ne sera pas dans le trailer mais vous verrez bien ça dans le livre.



MUHAMMAD ALI -tralier MAKIN'OF- part 1

Je voulais faire un TRAILER BD depuis des années, mais je n'avais jamais le temps d'apprendre à me servir de AFTER EFFECT et les maisons d'édition où j'avais travaillé n'en faisait pas, faute de temps surement pour trouver quelqu'un qui puisse se servir de AFTER EFFECT...





Et bien au LOMBARD, il y avait quelqu'un qui savait s'en servir (deux personnes même ^^, Cyrille Chauvet et Antoine Jung, merci les gars). Après un an à bosser sur ALI, j'avais la tête remplie de séquences aux plans impossibles qu'on ne peut faire qu'en BD et je voulais avoir du SON et du MOUVEMENT...




Je savais exactement ce que je voulais, j'ai commencé à sortir cette bonne vieille grille de storyboard pour expliquer à mes deux compères ce que je comptais faire. J'adore faire des boards mais là après avoir déjà dessiné tout le livre, je me suis dit que je pouvais récupérer mes plans directos de mes planches en couleurs.
Je suis passé à la préparation tous mes plans, directement au format.




  Après avoir fait mumuse comme un gosse, pendant un bon moment, avec le défilement des images dans "Aperçu", j'ai pris la décision de faire bouger tout ça dans un "GIF animé".

j'avais 2 grosses parties, le premier avec les "BLAM" et celle avec "ALI et la boxe". Les voilà :






 Pour l'animer le trailer, je ne voulais à avoir à charcuter mes dessins pour faire une "fausse" animation. Le cinéma, c'est une suite d'images fixes qui cadrées et placées à la bonne vitesse font illusion du mouvement. Donc avec le montage adéquat, on peut faire plus ou moins ce qu'on veut...

Et pour une première incursion dans le monde de l'audiovisuel, c'est pas trop mal je pense.


Comme toujours, on les yeux plus gros que le ventre et on produit plus de matériel que nécessaire. De toute façon, quand on ne peut plus couper, c'est que généralement, on a la bonne longueur. Du coup,  plusieurs plans ont été enlevé par souci d'efficacité, vous pourrez voir ça dans la PART 2...
 




DE JACK JOHNSON à MUHAMMAD ALI (3)

 ROCKY MARCIANO (1923-1969)

Le règne notable qui vint après Joe Louis fût celui de Rocky Marciano, Champion du monde des poids lourds de 1952 à 1956, il est de plus le seul boxeur professionnel à avoir accomplit toute sa carrière sans essuyer une seule défaite : 49 combats, 49 victoires dont 43 avant la limite ! Il se retira donc en laissant le titre vacant et en étant une légende inoubliable. C’est Floyd Patterson qui en battant Archie Moore (combattant nouvellement chez les lourds) qui le remporta en 1956 à l’âge de 21 ans, il devint alors le plus jeune Champion de toute l’histoire.


FLOYD PATTERSON (1935-2006)

Champion du monde des poids lourds de 1956 à 59 et de 1960 à 62

Le jeune Floyd qui avait passé son enfance dans un orphelinat  eut la chance d’échouer au Gramercy Gym, la salle d’entrainement de Cus d’Amato qui avait un oeil d’aigle pour repérer les jeunes champions. Floyd était une personne douce, timide et réfléchit, sympathisant de Martin Luther King.


Il eut la terrible malchance de tomber sur Sonny Liston ce qui affecta énormément son moral puis sur Muhammad Ali… En effet en 1962, Patterson engagea son titre contre Liston qui remportait tous ses combat par KO. Sonny était un gros cogneur et certainement pas un artiste du ring. C’est malheureusement le même sort qu’il réserva à Floyd le 25 septembre 1962 à Chicago, il l’assomma à la 2eme minute du combat.





L’Amérique échangea donc le charmant Floyd contre un champion patibulaire qui représentait la boxe des mafieux. Liston avait tout des tueurs des bas fond car il en était un ! Les journalistes ne voulaient pas l’interviewer car il parlait très peu, voir pas du tout ou bien il disait des choses comme : « être célèbre est une torture ! c’est comme être le seul poulet dans un sac plein de chats !" Ainsi dégoutait-il le public qui cependant aimait se faire trembler au coin du feu rien qu’en prononçant son nom. Puis arriva enfin 1964, le moment où Cassius Clay décida que son temps était venu, celui de rencontrer Liston pour lui prendre sa ceinture…

©H. Bingham

DE JACK JOHNSON A MUHAMMAD ALI (2)

Joe Louis, Le Bombardier Noir : Héro de toute l’Amérique 



 JACK DEMPSEY (1895-1983)

En 1919, Jess Willard tombe sur le « tueur de Manassa », ainsi appelle-t-on Jack Dempsey, qui lui ravit son titre et entamera un long règne comme Champion du monde jusqu’en 1926. Dempsey aussi avait son « shadow champion », en la personne de Harry Wills, qu’il n’accepta jamais de rencontrer.


Sept ans plus tard, Gene Tunney réussit à battre Dempsey, mais, prenant sa retraite dès 1928 il laissa son titre vacant. Se succédèrent alors, Schmeling, Sharkey, Carnevera (qui représentait l’Italie de Mussolini), Baer, Braddock et enfin Joe Louis… 22 ans s’était écoulés.


JOE LOUIS (1914-1981)

« Le Bombardier Noir : Héro de toute l’Amérique »



C’est le 22 juin 1937 que le jeune Joe Louis, âgé de 23 ans devint le champion du monde des poids lourds en battant Braddock, mis KO à la 8ème reprise. Le Champion est de nouveau Noir et l’Amérique entend bien faire en sorte que cela ne soit pas une catastrophe comme avec Jack Johnson! Mike Jacobs, promoteur, va s’occuper de la stratégie marketing avec ses managers Blancs et le contrat de Louis aura des clauses très précises :

- Il ne devra jamais être photographié en compagnie d’une femme Blanche.

- Il ne se rendra jamais seul dans une discothèque.

- Il ne devra jamais conduire une voiture de sport ni aucune voiture rouge.

- Il ne devra jamais être impliqué dans un combat truqué.

- Il ne devra pas se réjouir devant un adversaire au sol.

- Il devra vivre et combattre proprement.

Ainsi Joe Louis paya-t-il le lourd tribut que lui avait laissé Jack Johnson son prédécesseur. Cela explique certainement la froideur que pouvait avoir Louis en public ainsi que son visage irrémédiablement triste sur les photos. Louis ne souriait pas, son regard était vide et bon nombre de ses adversaires ont rapporté que ce qui les avaient terrorisé lorsqu’il l’avait affronté sur le ring, c’était ce regard de tueur, encore plus effrayant que ses énormes poings. Cependant, hors du ring, on y lit un désespoir aucunement factice car Joe Louis était non pas un tueur né, mais un tueur fabriqué. A l’époque, de toute façon, le boxeur photographié ne devait pas sourire, on s’intéressait uniquement à son entraînement et à ce qu’il mangeait au petit déjeuner, les phrases courtes étaient de mise.







 Louis fût donc immédiatement un boxeur aimé par tout le monde : les Blancs comme les Noirs.
Il le devint plus encore après son combat mythique contre Max Schmeling.

En juin 1938, le Champion du Monde Américain allait rencontrer le Boxeur star de l’Allemagne Nazie. Le Yankee Stadium dût accueillir soixante-dix-mille spectateurs et l’on rapporte qu’il y eut plus de cent millions de personnes écoutant la retransmission radiophonique.
Le président Roosevelt lui dit : "Joe, we need muscles like yours to beat Germany."
Alors que Louis avait perdu face à Schmeling en 1936, il devait en cette soirée historique et totalement hystérique battre impérativement l’Allemagne de Hitler représenté en la personne de son adversaire, et c’est ce qu’il fit ! Il devint alors Le Héro, et on ne l’appela plus "Coffee-Colored KO King » ou "Chocolate Chopper" mais « the Black Bomber ».



 Les années passants, comme il était un boxeur extraordinaire, il devint un mythe : détenteur du titre de 1937 à 1949, il détient le plus long règne de 12 années consécutives, invaincu. La carrière de Louis fût un temps interrompue par la guerre. Il donna comme soldat pas moins de 95 exhibitions pour distraire les troupes Américaines.

Pour les Blancs il était la preuve que l’on peut être un bon Noir et pour les Noirs celui qu’il fallait être, un exemple sans pareil, un Dieu des temps modernes, tant et si bien que Chris Mead rapporte ces paroles de Martin Luther King :

« Il y a quelques temps, un des états du Sud a adopté un nouveau type de peine capitale.
Le gaz à supplanté le gibet. Au début, un microphone était placé dans la salle d’exécution scellée
pour que les observateurs scientifiques puissent entendre les derniers mots du prisonnier mourant…
La première victime fût un jeune Noir. Comme la boulette tombait dans le tube et que les volutes de gaz montaient, les mots suivants sortir du microphone : 
 Joe Louis, sauve-moi ! Joe Louis, sauve-moi ! Joe Louis, sauve-moi… »

(Chris Mead, « Champion : Joe Louis, un homme Noir dans l’Amérique Blanche »)


Il n’est donc pas difficile de comprendre que lors de ses premiers interview le jeune Cassius Clay
n'eut de cesse de répéter qu’il voulait être « comme Joe Louis » ou que Joe Louis était son héro, alors qu'en fait - et ce fût très vite clair- il n’avait rien de Joe Louis. Leurs personnalités si différentes mais aussi, bien-sur, le contexte de l’époque ne faisait pas de Cassius « un Joe Louis » … ce que Joe Louis ressentit très bien lui-même dès le début. Après tout les efforts publics qu’il avait fait, après avoir été totalement instrumentalisé par les Blancs, les blagues, les cris, la vantardise de Clay ne le faisait pas du tout rire…Elle lui rappelait juste Jack Johnson, celui pour qui il avait payé toute sa vie. Joe Louis ne sera jamais proche de Cassius Clay/Muhammad Ali et entrainera même parfois ses adversaires.


 En 1951, Joe Louis sortira de sa retraite pour combattre Rocky Marciano pour des raisons évidemment financières : les USA lui réclamant des impôts sur deux bourses dont il avait fait don au pays comme efforts de guerre… Il perdit le combat et arrêta définitivement, accro à la cocaïne et souffrant d’un trouble paranoïaque certainement renforcé par le fait que le FBI le surveillait. Il mourut ruiné en 1981.






 "From black folks to red-neck Mississippi crackers, they loved him. 
They're all crying. That shows you. 
Howard Hughes dies, with all his billions, not a tear. 
Joe Louis, everybody cried."
 
- Muhammad Ali -

MUHAMMAD ALI / TRAILER / sortie le 25 septembre

video




"MUHAMMAD ALI", le graphic novel

écrit par SYBILLE TITEUX
mis en images par AMAZING AMEZIANE


Trailer BD mis en scène par AMAZING AMEZIANE
sur une musique de SYL JOHNSON "Is It Because I'm BLACK?"

De JACK JOHNSON à MUHAMMAD ALI (PART 1)

Jack Johnson, une figure centrale de l’histoire de la Boxe

 

« J’ai grandi en aimant l’image de Jack Johnson.
  Je voulais être mauvais, dur, arrogant,
  je voulais être le nègre que les blancs n’aiment pas. »

 (Muhammad Ali dans « King of the World » de David Remnick)


JOHN L. SULLIVAN (1858-1918)

On considère Sullivan comme le premier Champion du monde Poids Lourds, titre qu’il remporta alors que la Boxe était à ce moment là interdite, ainsi, les combats de l’époque pouvaient durer plus de 4h car il n’y avait pas de limitation de rounds et se finissaient souvent par une nuit au commissariat de police le plus proche. Après quelques combats à mains nues, les règles du Marquis de Queensberry furent définitivement adopté. Sullivan fût le champion en titre de 1882 à 1892, prestige qu’il su parfaitement imager par sa célèbre phrase :

«Le Champion du monde des poids lourds
c’est l’homme qui peut battre 
tous les fils de pute de cette terre. »




Cependant, pour se faire une idée des choses de manière précise, il faut comprendre que l’histoire de la boxe n’est pas une histoire authentique car la réelle histoire de la boxe ne commence qu’à partir de Joe Louis. En effet les champions refusaient de rencontrer des boxeurs Noirs. Ainsi pendant son règne, John Sullivan, homme ouvertement raciste, ne fit aucun combat contre un seul homme Noir. Celui que l’on appelle son "shadow champion" était Peter Jackson, l’un des meilleurs boxeurs de sa génération qui remporta en 1886 le titre de Champion du monde des lourds mais dans la catégorie "hommes de couleurs".


(Peter Jackson)


TOMMY BURNS (1881-1955)

Tommy Burns, Champions du monde des poids lourds de 1906 à 1908, franchit le pas auquel Sullivan ne s’était pas risqué. Il accepta de remettre son titre en jeu face au grand Jack Johnson, champion en titre des "hommes de couleurs" de l’époque. Après que Johnson l’ai poursuivit jusqu’au bout du monde, il accepta ce combat qui eut lieu finalement en Australie.







































Alors que dans la salle les blancs vomissaient leur haine pour tout les Noirs du monde, Jack Johnson infligea une brillante et cruelle défaite en 14 rounds à Burns qui dût lui remettre sa ceinture à l’issu du combat. Immédiatement, le monde Blancs fût saisit d’une totale panique. Les journaux s’interrogèrent avec sévérité sur la possible fin de la suprématie blanche. Pire encore, Jack Johnson revint d’Australie avec une femme blanche agrippée à son bras.


JACK JOHNSON (1878-1946)

Champion du monde des poids lourds de 1908 à 1915



Stanley Ketchel décida alors de venger Burns et, pendant que Jack parlait au public et rigolait ouvertement en même temps qu’il le frappait, il perdit quatre dents, planté dans le gants de Johnson lors de ce combat où il ne domina jamais.





S’en était trop et James Jeffries décida de sortir de sa retraite, champion du monde des lourds, de 1899-1905, invaincu, il annonça en cette année 1910 qu’il combattrait Johnson « dans le seul but de montrer que l’homme blanc est meilleur que le nègre ». Le combat eut lieu à Reno sous le soleil du Nevada au son d’une foule chantant «tue le Nègre!» et Jack London, qui couvrait à l’époque de nombreux combats, rassura tout le monde en montrant sa confiance absolue dans la race blanche. Cependant il n’en fût pas ainsi, Johnson, ce fils d’esclaves, sourit de toutes ses dents en or et gagna en criant «I’M THE GREATEST» : Le champion du monde officiel était désormais Noir.



 

Sa victoire déclencha une vague d’émeutes sanglantes et de lynchages à travers tout le pays d’une violence sans pareille et que l’on ne revit plus jusqu’à l’assassinat de Martin Luther King en 68. Il fût interdit de filmer ses combats et le poète William Waring Cuney écrivit ce poème :

"My Lord, What a Morning"

O my Lord
What a morning,
O my Lord,
What a feeling,
When Jack Johnson
Turned Jim Jeffries'
Snow-white face
to the ceiling.

Pendant ce temps, Johnson, érudit et homme de goût à la personnalité exubérante, se pavanait dans de magnifiques habits au volant de voitures dernier cri, toujours accompagné des femmes blanches qu’il affectionnait particulièrement. (Il sera d’ailleurs emprisonné en 1920 pour avoir épousé une Blanche.) Tout ceci conduisit en 1913 à un renforcement des lois sur le mélange des races dans de nombreux états et cette fameuse victoire de Johnson sur Jeffries conditionnera définitivement les carrières des autres boxeurs Noirs qui viendront après lui.



Lorsque Johnson perdra son titre en 1915 face au nouvel Espoir Blanc Jess Willard à l’issu du 26ème Rounds, il restera dans les mains des boxeurs Blancs jusqu’en 1937, jusqu’à Joe Louis. L’Amérique n’était pas prête à revivre un tel "cauchemar"… Ainsi peut-on voir ici de manière édifiante à quel point la boxe est le reflet d’une réalité sociologique et comme elle occupe une place primordiale
dans l’histoire du peuple Noir.



Références : "Unforgivable Blackness : The Rise and Fall of Jack Johnson" par Geoffrey Ward
                     "De la Boxe" par Joyce. C. Oates